VIVE L' ÉMULATION, A BAS LA CONCURENCE !

NON ! La croissance n'est pas nécessaire pour le plein emploi. Le Chômage résulte de la conjonction du progrès technique et de la Concurrence. Il faut tout donner au consommateur, pourquoi ne diminuerait-on pas la durée du travail ? ( pour tous ). Mais on ne peut le faire et laisser jouer intégralement la Concurrence.

Car le Progrès technique permet ou de produire plus avec les mêmes emplois ou de produire autant avec moins d'emplois ou autant avec les mêmes emplois et une durée du travail moindre. Quand déciderons nous que nous produisons assez ? Demain ? Mais de quoi ne produisons nous pas déjà de trop ? Mettrons nous le Progrès au service de l'homme ou l'homme sera-t-il toujours écrasé par le progrès ? L' Économie est-elle faite pour l'homme ou l'homme pour l' Économie ?

Si la concurrence fait trop baisser les prix, en cas de surproduction, l' ÉTAT a le devoir d'y mettre un frein. J'ai calculé que maintenir 25.000 emplois en Lorraine coûterait 15 centimes de plus le Kg de fer ( 25.000 fois 100.000 Frs, soit 2,5 milliards de Frs pour 17 millions de tonnes d'acier par an en France), soit 10 centimes environ pour un fer à repasser et 50 Frs pour une voiture. Si l' ÉTAT taxait l'acier de 15 centimes par Kg pour sauver 25.000 emplois et l' Économie de toute une région, qui y trouverait à redire ?

Cela a-t-il un sens de demander à 25.000 adultes de se reconvertir, quand les jeunes qui sont plus aptes à des emplois nouveaux ne trouvent pas de travail ?

La Concurrence est utile quand il s'agit d'empêcher les profits abusifs, elle est nuisible quand elle ne respecte pas les producteurs. Augmenter le pouvoir d'achat du consommateur, d'accord, mais priorité à des salaires corrects et à des emplois pour tous. L'emploi et les salaires ne doivent pas dépendre des prix, c'est l'inverse qui est juste ! LA CONCURRENCE QUAND ELLE VA TROP LOIN RUINE L'ÉCONOMIE !

L' ÉTAT doit prendre ses responsabilités, promouvoir la justice et non faire du social, fixer des règles à l' Économie et non s'y soumettre ! Non, pas tout faire bureaucratiquement, mais décider un minimum de mesures vraiment radicales, faciles à mettre en œuvre et à contrôler.

Ne mettons pas la charrue devant les bœufs. Ce qui est vrai des sidérurgistes l'est aussi des paysans, des chantiers navals, de la construction automobile, etc...etc... On peut estimer que les rémunérations sont insuffisantes quand l'offre dépasse la demande, et, si c'est le contraire, ce sont les consommateurs qui en sont les victimes. Il faut assurer à tous un revenu minimum décent, indépendamment de la loi de l'offre et de la demande, aux travailleurs salariés ou indépendants. Ce minimum doit être pour chacun indépendant de sa propre production, car constituant sa part de la production des autres.

Le problème principal qui se pose à nous n'est pas de rater ou pas le train du progrès, c'est de l'aiguiller dans la bonne direction, c'est-à-dire mettre enfin l' ÉCONOMIE AU SERVICE DE L' HOMME, DE TOUS LES HOMMES ! Il n'est pas nécessaire de se prosterner devant une nouvelle idole, d'accroître les moyens de produire toujours plus, nous produisons déjà assez pour tous. Il faut surtout empêcher certains de produire à la place des autres, chez nous et à l' extérieur : il faut protéger le droit des plus pauvres au travail et à la dignité. Il faut les aider à produire pour eux. ( et chez eux ! )

NE REFUSONS PAS AUX PAUVRES D'ICI ET D'AILLEURS CE QUE NOUS SOMMES CAPABLES DE LEUR DONNER AUJOURD'HUI. LES PROGRÈS DÉJÀ RÉALISÉS NOUS ACCULENT À ÊTRE GÉNÉREUX. ET SI LA CONCURRENCE, EN PESANT SUR LEURS SALAIRES, DIMINUE EXCESSIVEMENT LEURS DROITS À CE PARTAGE, NOUS DEVONS L'EN EMPÊCHER, NOUS, C'EST-À-DIRE L' ÉTAT !

Un commerçant performant .

Lettre au Journal Le Monde du 16 Avril 1984