Mr Pierre BAUCHET

Journal La Croix

3, rue Bayard

75393 PARIS cedex 08

Monsieur,

Votre article du 26/01 dernier «  L' Abandon des pays pauvres » suscite de ma part quelques commentaires.

On ne peut en même temps aider publiquement le 1/3 Monde et accepter les délocalisations qui ruinent les emplois et donc les régimes sociaux et les finances publiques.

L'erreur fondamentale, qui remonte à une trentaine d'années,était bien résumée par la phrase de Jean Boissonnat dans La Croix en Mai 72, à propos de la grève du Joint Français qui voulait délocaliser à Malte : « Il faut savoir si on veut payer le prix de la solidarité ou pas, industrialiser le Tiers Monde ou pas  ». En fait le devoir de solidarité entre pays riches et pays pauvres, au lieu d'être financé par les riches des pays riches, était l'objet d'un détournement au détriment des ouvriers et au bénéfice des riches qui finançaient ces délocalisations et en confisquaient l'essentiel des bénéfices : « consommateurs, regardez les prix, oubliez le reste ! C'est-à-dire vos emplois, vos salaires, vos retraites  » .Concurrence égale division, Droite Gauche égale division !

Vous écrivez : Les grandes invasions modernes ne pourraient être endiguées que par le développement des pays les plus pauvres, et la crise de l' Economie Européenne atténuée par des exportations vers des pays en développement : la balance commerciale de l' Union Européenne n'est-elle pas devenue aujourd'hui positive ? »

Le malheur est bien là : nous les exploitons tellement par les délocalisations qu'ils n'arrivent même pas à nous payer, tout en nous vendant beaucoup et donc en ruinant nos finances

publiques par les emplois que nous perdons, et qui sont cent fois plus nombreux que les emplois que nos ventes nous procurent. 100 milliards d'excédent de la balance Européenne et 400 milliards de déficits budgétaires et sociaux Français, où est le bénéfice ? C'est bien l'impasse totale ! L' excès de concurrence ruine l' Économie Mondiale, comme nos économies internes, au profit de quelques milliers de milliardaires dans le Monde, et c'est tout le monde, petit monde compris, qui va rembourser pendant 13 ans la dette causée par cet aveuglement collectif ! Qui aura le courage, l'honnêteté intellectuelle de le reconnaître ? Nous allons à la catastrophe, et tout le monde se tait, se terre ! Secouons-nous, réveillons-nous, car nous coulons !

L' excès de Concurrence ruine l' Économie, disait ma lettre au monde en 1984 et aussi « Le Progrès nous oblige à être généreux ou il se retourne contre nous ». Le marché ne suffit pas, le libéralisme ne marche pas, ne marche plus ! Le jour où le SMIG a été inventé en France, en 1955, nous étions déjà en société de consommation, et le problème principal pour les entreprises n'était plus de produire mais de vendre. Les salaires des manuels prenaient du retard et donc la consommation stagnait, et il fallait faire une politique de la demande et non une politique de l'offre ! Cela fait 40 ans que nous faisons le contraire de ce qu'il fallait faire. Nous appliquons à la politique économique des raisonnements individuels, domestiques, illogiques à l'échelle collective ! Un ménage sans enfants peut épargner plus pour sa retraite, mais dans un pays sans enfants ces économies ne seraient que du papier sans valeur, personne ne prenant la relève ! Epargner en temps de crise semble une bonne gestion de ses finances , collectivement la consommation diminue , le chômage s'accroît et les déficits publics augmentent.

Des changements importants, un virage à 90 °, sont nécessaires. Étudiez donc les 3 mesures que je développe par ailleurs, et vous verrez qu'elles répondent parfaitement aux problèmes posés. Personne au monde n'est capable d'y trouver une faille. Il ne s'agit pas de solutions-miracle, le seul miracle serait que les économistes et les élites acceptent simplement l' EVIDENCE qui pourvoie si bien à notre défaillance collective !

Veuillez agréer, Monsieur, mes salutations très distinguées.